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L’agriculture biologique : une chance pour les territoires normands

Le réseau bio normand organisait le 2 février 2017 une journée « L’agriculture biologique : une chance pour les territoires normands ». De nombreuses collectivités (Communes, communautés de communes, agglos, départements, Région) ont répondu présentes, ainsi que des syndicats d’eau et de bassins, des associations, des établissements scolaires, ainsi que des partenaires de la filière bio régionale. Alimentation, restauration collective, protection de la ressource en eau, développement économique étaient au programme : retour sur les enseignements de cette journée.

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L’agriculture biologique en 2015/2016 : un essor sans précédent en Normandie

La première conférence a permis de dresser le portrait d’une agriculture biologique en très forte croissance. Sophie Chauvel, pour la Chambre Régionale d’Agriculture de Normandie, et Erika Moussel, pour IBN, ont rappelé l’importante croissance des surfaces consacrées à l’agriculture biologique ces dernières années. La Normandie compte 1 753 opérateurs en bio, 1 142 exploitations et 541 opérateurs de la filière. Le nombre d’opérateurs a ainsi doublé entre 2015 et 2017 selon les chiffres de l’Agence Bio !

Par le passé, cette croissance de la Bio s’est faite par palier, avec une poussée en 2010 puis une nouvelle poussée depuis 2014. Cependant, la période actuelle montre une croissance de la consommation qui s’accélère, cela en absence de toute crise sanitaire qui aurait pu pousser les consommateurs vers le bio : on est passé d’une croissance à 10 % en 2014, à 15 % en 2015, pour atteindre 20 % ces 6 derniers mois !

La discussion qui a suivi a permis de mettre en avant une particularité de la filière biologique : la diversité des filières de distribution de ses produits. L’idée de développer des outils prospectifs est ressortie de la discussion, qu’il s’agisse d’anticiper les évolutions des marchés, ou de préparer les transmissions d’exploitations dans un milieu agricole qui va connaître une importante vague de départs en retraite dans les années à venir.

L’agriculture biologique, une voie idéale pour soutenir l’ancrage territorial de l’alimentation

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La deuxième conférence de la matinée a abordé la question alimentaire, notamment sur la question de la restauration collective.

Le directeur du réseau bio normand, Mickaël Marie est revenu sur l’invalidation par le Conseil constitutionnel de l’amendement qui permettait d’imposer en restauration collective sous responsabilité publique un taux de 40 % de produits locaux et de 20 % de produits bio. Malgré cet échec, les témoignages présentés lors de cette conférence démontrent que la volonté des collectivités comme du secteur privé peut permettre de progresser dans le domaine alimentaire.

L’exemple présenté par Marie Thomassin, du GRABHN, du défi « Familles à Alimentations Positives », organisé pour la deuxième année sur le territoire de l’agglomération Seine-Eure, illustre ce que peut être une initiative de vulgarisation de la consommation de produits bio sur un territoire. En organisant, sur une année scolaire, un challenge réunissant des familles pour qu’elles augmentent leur consommation de produits bio à budget constant, ce sont des changements d’habitudes de consommation profonds qui sont réalisés, avec l’aide de structures relais diverses, comme des MJC, ou des crèches.

Dans le secteur privé, Caroline Paris (Agrobio Basse-Normandie) s’appuie sur l’expérience réussie du Comité d’entreprise de l’usine Bosch de Mondeville, près de Caen, pour témoigner du rôle que peuvent prendre des entreprises privées. En quelques années, un groupement d’achat de paniers bio s’est monté grâce au CE et avec une participation de l’entreprise de 2 € par panier. Ce sont aujourd’hui 200 salariés qui participent à cette opération sur un effectif total de 600 salariés.

Dernière exemple présenté, celui de la commune de Saint-Jean-Le-Blanc, dans le bocage virois, petite commune de 300 habitants, où ce sont désormais 7 des 10 agriculteurs qui sont passés au bio. Grâce à une association de parents d’élèves, ils ont recréé une cantine, en bio évidemment, pour les enfants du regroupement pédagogique, et un magasin collectif devrait voir le jour.

Trois expériences différentes qui démontrent les possibilités d’agir pour articuler alimentation et ancrage territorial. Les collectivités ont d’autres moyens d’action, par l’accès au foncier, toujours problématique en agriculture, ou par le biais d’un Projet Alimentaire Territorial (PAT) qui permet d’allier alimentation et aménagement du territoire.

Aucun projet ne connait de croissance linéaire, c’est ce qui est ressorti des discussions avec le public ! Les erreurs, les tâtonnements, sont nombreux. Il convient de commencer modestement. Ainsi, en restauration scolaire, il faut intégrer les aliments bio au fur-et-à-mesure, convaincre les équipes, le gestionnaire, et monter doucement en puissance pour atteindre le 100 % bio quand le nouveau fonctionnement de la cantine est maîtrisé.

L’agriculture biologique pour la qualité de la ressource en eau

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Le début d’après-midi a permis d’aborder un sujet majeur pour nombre d’acteurs territoriaux, celui de la qualité de la ressource en eau. Comme l’a rappelé Mélik Ouldamar, du GRAB HN, l’intérêt de l’agriculture biologique sur la ressource en eau est désormais prouvé, qu’il s’agisse de la contamination en molécules phytosanitaires ou en nitrates. Il a aussi été prouvé que les coûts en préventif s’avèrent toujours inférieurs aux coûts en curatif. Le cas de la ville de Munich, présenté par Mélik Ouldamar, a montré que la commune dépensait 0,01 € / m3 pour soutenir l’agriculture biologique, loin en dessous des 0,27 €/m3 des dépenses de dénitrification.

Plus proche, le projet du site des Hauts-Prés, porté par l’agglomération Seine-Eure, est celui d’un champ captant qui pèse 70 % des ressources en eau de la collectivité et qui nécessitait d’être protégé. 200 ha sont aujourd’hui concernés, entre les terres agricoles (110 ha) et les bois en réhabilitation. En charge du dossier pour l’agglomération, Pierre-Julien Bavent est revenu sur la gestation du projet, initié en 2008, et sur ses premiers résultats, qui montrent une baisse régulière des taux de pesticides. Le site des Hauts-Prés s’est mué en pôle régional d’agriculture biologique, avec la venue de différents acteurs de la filière dans l’enceinte réhabilitée d’une ancienne entreprise. C’est notamment le cas du GRAB HN.

Avec l’association Lin et Chanvre Bio, qu’anime Matthieu Rios, d’IBN, c’est la dynamique de développement de l’agriculture biologique qui devient un appui aux politiques publiques en faveur de l’eau. En effet, le développement de cette culture devient un levier à la conversion et un facteur de multiplication des surfaces en bio.

Les échanges avec le public ont permis de parler des projets de développement d’une autre filière en bio, celle de la betterave sucrière. La question d’un observatoire foncier a été également soulevée, le foncier étant un levier fort pour les collectivités qui souhaitent s’appuyer sur l’agriculture biologique pour protéger leur ressource en eau.

Autour de la bio, un développement économique nouveau et solide

Journée Bio et Territoires - 2 février 2017 - Rouen - Tribune Développement éco

Le deuxième atelier de l’après-midi a réuni Mickaël Marie, directeur du réseau bio normand, Erika Moussel, IBN, Pierre-Henri Scacchi, éleveur bio et président de Normandie Découpe, et, enfin, Sophie Chaussi, éleveuse bio et membre du CESER. L’exemple de la dynamique économique de la filière viande et des difficultés que représente le manque d’abattoirs en Normandie, a constitué le cœur de cette conférence.

La relance de Normandie Délices, en Pays-d’Auge, sous le nom Normandie Découpe, offre une solution pour nombre de petits producteurs bio qui risquaient de se trouver sans solution. Ce sont aussi 4 emplois qui ont été maintenus.

Le réseau bio travaille au développement d’un outil d’abattage mobile pour offrir une réponse aux besoins de nombreux éleveurs normands. Cet outil constituerait ainsi un appui pour le développement de la vente directe en viande bio.

Manger Bio et Local en restauration collective : bénéfices alimentaires, bénéfices écono­miques

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La dernière conférence de la journée a débuté par la présentation de l’expérience de la commune de Mouans-Sartoux dont les cantines sont passées de 20 % à 100 % de bio en quelques années. Cette commune s’est appuyée sur la gestion directe de 4 ha de terres en maraîchage et l’embauche de 2 maraîchers. La cantine assure ainsi la production de 1 000 repas par jour (140 000 repas par an) pour un coût moyen de 1,87 € par repas, inférieur à ce qu’il était auparavant (1,96 €) ! Le secret de cette baisse réside essentiellement dans la forte baisse des déchets par repas qui représente une économie estimée à 0,20 € par repas. De quoi compenser le surcoût des ingrédients bio !

Cette expérience a permis à Sarah Lesnard, en charge de la restauration collective à IBN, de développer l’offre de services que propose le réseau bio aux collectivités, aux entreprises ou aux structures médicales.

Les échanges avec la salle ont montré l’intérêt porté par plusieurs acteurs territoriaux au développement de la bio en restauration scolaire, à la fois pour la qualité et la santé des enfants, mais aussi comme appui pour les producteurs et transformateurs locaux. Pour une collectivité, s’assurer de la qualité et de la proximité des fournisseurs des cantines publiques peut se faire par l’allotissement des appels d’offre et leur cahier des charges, comme l’introduction d’une clause d’interventions pédagogiques en classes par le producteur.

Certaines communes ont fait état de leurs projets actuels en ce domaine, à l’instar de Gonfreville-l’Orcher, en Seine-Maritime, qui met en régie municipale la gestion de 4 à 6 hectares associant maraîchage et insertion.

En conclusion de cette journée, Laurent Moinet, président du GRAB HN, et Xavier Lefrançois, Conseiller régional en charge de la commission agriculture, se sont félicités de la qualité des échanges durant ces conférences. L’élu régional a réaffirmé l’engagement de la Région en faveur du bio.

A coup sûr, cette journée aura servi à montrer la cohérence du travail mené par le réseau FNAB au niveau des territoires, toujours avec la volonté de développer une agriculture biologique respectant la nature et l’humain.


 

Pour en savoir plus, rendez vous sur le site de l’Association Bio Normandie (fusion du GRAB HN, d’Agrobio Basse-Normandie et d’Interbio Normandie).

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