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Accompagner les producteurs conventionnels à l’introduction du désherbage mécanique

Désherbage

Sécuriser le changement de pratiques, ne pas placer le producteur dans une situation à risque, s’appuyer sur des références précises, puis proposer un accompagnement dans la durée : voici quelques-unes des clés utilisées par Agrobio 35 pour diffuser la technique du désherbage mécanique avec l’appui de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne. Devant les difficultés des agriculteurs non bios à intégrer les techniques du désherbage mécanique dans les stratégies classiques de désherbage, Agrobio 35, le Groupement des Agrobiologistes d’Ille et Vilaine, a développé depuis 2005, une approche appelée « désherbage alterné » sur la culture de maïs. Cette opération a permis d’accompagner plus de 450 agriculteurs sur neuf Bassins Versant d’Ille et Vilaine. En moyenne 18 % des parcelles sont conduites en tout mécanique et ceci, sans présélections (précédent, rotation, labours ou non…). Deux passages de houe permettent d’économiser une dose de produits phytosanitaires si un décrochage en chimique est décidé avec le producteurs. Retour sur cet accompagnement au changement des pratiques des agriculteurs conventionnels, au bénéfice de la qualité de l’eau.

Introduire du désherbage mécanique dans les itinéraires

Le désherbage alterné a pour objectif de commencer par du désherbage mécanique (houe rotative), de poursuivre le plus longtemps possible en mécanique (binage) et si nécessaire de décrocher en chimique. En effet, les rotations courtes ne permettent pas de limiter naturellement la pression adventices. L’objectif de cette technique est de réduire les doses de traitement sans impacter sur le rendement de la culture. Cette décision de traiter ou de pousser plus avant en mécanique sera prise en fonction des adventices présentes et de leurs densités. Ceci se réalise avec un outil d’aide à la décision appelé « Opti’maïs ». Les syndicats de Bassins versants permettent aux producteurs de tester la technique sur leurs parcelles, sur une surface limitée – en général 3 à 5 ha[1]. Ils apportent une aide à cette expérience d’une part par le financement d’une partie du coût du matériel, et d’autre part par la prise en charge totale du conseil technique.

Former les producteurs au désherbage mécanique

Si le principal attrait de l’outil proposé par Agrobio 35 est de ne pas impacter le rendement de la culture, l’accompagnement de la structure est également un des facteurs de succès.

En amont de l’opération, des formations sont organisées à l’intention des producteurs participants. Ces réunions permettent de présenter le matériel et les conditions propices à la réussite du désherbage mécanique.

Au semis, le producteur contacte le technicien d’Agrobio 35 chargé du suivi. À partir de cette date, des visites régulières de la parcelle, si possible avec le producteur, sont réalisées pour programmer les interventions mécaniques.

Si un passage de matériels est décidé avec le producteur, le technicien d’Agrobio 35 contacte immédiatement le partenaire qui se charge du travail : CUMA ou entreprise. Pour des questions de débits de chantier et de simplicité des réglages du matériel, seules la houe rotative et la bineuse sont utilisées. Si un décrochage est nécessaire, celui-ci est décidé très rapidement – au stade 3-4 feuilles du maïs – pour rester sur des faibles doses. Le technicien bio ne se charge pas du conseil phyto, mais s’assure cependant qu’il soit encore réalisable au moment de l’abandon du programme mécanique (taille des feuilles notamment).

Opti’maïs un outil d’aide à la décision

Le zéro adventice, souvent promu comme la solution, est-il économiquement et techniquement justifié ?  C’est pour répondre à cette question, qu’un programme de recherche a été conduit par Agrobio 35 entre 2005 et 2009[2]. Ce programme avait pour objectif de déterminer à partir de quelle densité les principales adventices du maïs, devenaient concurrentielles et quelle était la baisse du rendement associée à cette compétition. À l’aide de ces résultats, l’objectif secondaire était donc d’optimiser le désherbage mécanique des parcelles de maïs.

Ce qui ressort de ces cinq années d’expérimentation, c’est que la nuisibilité est fonction de l’espèce d’adventice. En effet, dans l’étude, les chénopodes se sont révélés les plus concurrentiels suivis des renouées puis des mercuriales et morelles. Par exemple, concernant les chénopodes, une présence de 3 pieds de chénopode par mètre linéaire a entraîné en 2006 une baisse de rendement de 60% alors que 10 pieds de mercuriale la même année ne généraient pas de perte par rapport à un témoin désherbé.

L’étude a seulement pris en compte la nuisibilité directe des adventices (rendement, valeur UF & PDI) et non pas l’évolution de leur stock semencier dans le sol, qui reste un critère à ne pas négliger[3].  En prenant en compte les aspects de nuisance primaire, le zéro adventice n’est donc pas, techniquement et économiquement, un objectif absolu.

Optimaïs_couv1À partir de ce programme de recherche, l’outil d’aide à la décision « Opti’maïs » a été créé : la perte de rendement maximum a été fixée à un seuil restrictif de 5%. Ce seuil a été retenu pour définir les densités critiques d’adventices à ne pas dépasser par mètre linéaire. D’autre part, l’effet concurrentiel des adventices est d’autant plus marqué que l’eau vient à manquer. Ainsi, le rendement du maïs baisse rapidement en condition de stress hydrique, malgré un faible nombre d’adventices. Pour bâtir la grille de notation, ce sont donc les 3 années les plus sèches qui ont été retenues pour définir le seuil critique.

L’outil « Opti’Maïs » permet ainsi au producteur de mener un inventaire précis des adventices, et d’évaluer leur seuil de nuisibilité sur la culture du maïs. Outre des informations sur les bases de l’agronomie et le matériel existant, un herbier pour l’identification des adventices, « Opti’Maïs » propose des grilles de notation. Celles-ci permettent d’évaluer, en fonction de l’historique de la parcelle (labour, fumure, etc.), le risque de prolifération des adventices et ainsi décider de poursuivre en mécanique ou d’effectuer un rattrape chimique.

2005 – 2015, 11 années d’expériences en Ille et Vilaine

Depuis 2005, 445 fermes – uniquement conventionnelles – ont participé aux opérations de désherbage alterné, 520 parcelles ont été suivies (2072 ha). Aucune sélection des parcelles n’a été réalisée au préalable, la seule condition réside dans le respect des préconisations de semis.

Depuis 2005, 18 % des parcelles engagées ont été conduites en tout mécanique. En utilisant l’indice IFT[4], on peut affirmer que deux passages de houe économisent en moyenne 1 dose de traitement. Deux points facilitent la conduite en tout mécanique, d’une part un précédent cultural prairie, d’autre part une préparation du sol avec labour.

Cette expérience permet ainsi de limiter l’utilisation de produits (et donc de limiter les risques de contamination des eaux) et multiplie la présence de matériel de désherbage mécanique sur le terrain (pour le plus grand intérêt des agriculteurs bio).

 

Rédaction : David Roy (Coordinateur technique, Agrobio 35 – 02 99 77 09 59) et FNAB

 


[1] En général 20 €/ha à la charge de l’agriculteur quel que soit le nombre de passages de matériel. Maximum 2 ans de participation.

[2] Étude « Seuil de nuisibilité sur le maïs » financé dans le cadre de la CIRAB 2005 à 2009. Outil « Opti’maïs » financé par l’Agence de l’Eau Loire Bretagne et le FEADER

[3] L’étude a porté sur les seuils de nuisibilité directs de quelques adventices sur le maïs. Aussi, l’effet sur le long terme sur le stock semencier du sol n’est pas estimé dans cette étude. Il est cependant important de rappeler que la diminution du stock semencier de la parcelle ne peut pas s’accommoder sur le long terme de techniques en monoculture, c’est bien la combinaison des rotations variant les durées et périodes d’implantation; et les travaux du sol qui permettront de limiter le stock d’adventices en jouant notamment sur le taux annuel de décroissance des graines.

[4] Indice Fréquence de Traitement, IFT moyen pour le maïs en Bretagne : 1.66

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