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Développement économique et l’agro-alimentaire : d’un modèle industriel à un modèle territorial intelligent ? (synthèse détaillée)

Synthèse de la conférence thématique du 19 janvier 2017 « Agriculteurs, entreprises agroalimentaires, territoires : initiatives et coopération » organisée par la FNAB lors du séminaire sur la transition agricole et alimentaire des territoires des 19 et 20 janvier 2017 à Paris.

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Quand certains s’interrogent sur la manière de développer et massifier le chiffre d’affaire de la bio tout en respectant ses valeurs, d’autres questionnent l’enjeu d’une structuration des débouchés territoriaux pour les futurs producteurs bio. L’univers industriel de l’agro-alimentaire et son modèle dominant concentrent désormais les problématiques et les solutions. Or, la rencontre entre le monde de la bio et la sphère industrielle, aux règles très différentes, questionne le modèle actuel du développement économique, et la prise en compte des aménités positives. Explications.

Développement versus croissance

Pour objectiver ce débat et livrer des éléments de compréhension du système économique dominant, la FNAB  a fait appel aux services de Patrice Vuidel, du cabinet Atemis, spécialiste des nouveaux modèles économiques, et plus particulièrement de l’économie de fonctionnalité, appelée à fonder de nouveaux systèmes plus intelligents, et surtout plus vertueux.

Le constat n’est pas de prime abord encourageant, avec, d’une part, une logique de développement, portée par les acteurs du territoire, et d’autre part, une logique de croissance.  « L’ancien modèle économique est construit sur la matrice du modèle industriel, autour de la production de biens et de services. Tous, peu ou prou, on s’inscrit dans ce modèle industriel – y compris la sphère publique. »

Pris dans des limites définies par le marché, l’acteur économique ne pas faire fi des logiques de concurrence qui pèsent sur son activité. La logique de chaîne de valeurs l’amène à confier chaque maillon de la chaîne à l’acteur le plus efficace en terme de compétitivité des coûts. On produit donc de moins en moins cher, en rationalisant l’activité selon des logiques de productivité qui sont celles qui pèsent aujourd’hui sur le travail : la standardisation des prestations vise à mieux vendre et à générer volumes et économies d’échelles, l’objectif de rentabilité, génèrent ainsi de nombreuses sources de tension qui se traduisent par du stress, des burn out, les risques psycho-sociaux.

Plus insidieusement, même les métiers de la relation client sont coincés par ce système aboutissant à une offre tout aussi standardisée. « Dans la relation client, s’est construit un décalage entre l’offre facturée et l’offre apportée au client, mais aussi entre la valeur apportée et la manière dont le client rémunère l’offre. Au final, l’entreprise n’a pas d’intérêt commun avec son client, » pointe Patrice Vuidel, en soulignant qu’être trop efficace n’est pas dans l’intérêt de l’entreprise. Dans un tel système, avoir un comportement responsable vis-à-vis des ressources naturelles et de l’environnement n’est pas plus dans son intérêt, dans la mesure où même les enjeux environnementaux  deviennent créateurs de valeurs.

Un nouveau prisme économique pour les politiques environnementales

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La question fondamentale de nouveaux modèles économiques suppose donc de donner une valeur aux impacts évités, aux aménités positives, et donc à l’immatériel ; à rémunérer un service rendu plutôt qu’un produit. Ou, dans une approche plus pratique, à soutenir des filières « qui garantissent structurellement un faible impact sur la ressource », avance Romain Degoul de l’Agence de l’Eau Seine-Normandie (AESN).

C’est l’une des conclusions de l’étude engagée par l’AESN sur les partenariats et les filières agricoles permettant de protéger la ressource en eau, et pour laquelle ce pas de côté est devenu indispensable pour engager un véritable changement de pratiques. L’évaluation de sa politique en 2010 avait déjà montré que les choses allaient dans le bon sens, mais que le gap restant à franchir était toujours aussi conséquent. « La politique nationale s’inscrit trop dans des cadres techniques ; or, nous avons besoin de solutions globales et structurelles permettant d’infléchir les systèmes agricoles et de distribution. »

Mobiliser les filières, et plus particulièrement des filières vertueuses dont le développement territorial génèrerait cette valeur immatérielle que constitue la qualité d’une ressource, est la piste privilégiée. L’étude, qui vient alimenter aujourd’hui les réflexions d’autres Agences de l’Eau jusqu’au Ministère, définit en premier lieu les filières à bas niveau d’intrants, créant une culture commune et réunissant l’agriculture biologique, les plantes des couverts végétaux, des productions annuelles de type chanvre, ou encore des productions énergétiques issues du bocage. Avec quelques surprises, comme le lin, dont la production, sous le prisme de la qualité de l’eau, n’est pas à encourager.

Faire converger les dispositifs de soutien

Une fois les productions identifiées, l’étude s’est attardée à reconstruire l’écosystème de la filière, plus ou moins riche, à mobiliser pour construire ou renforcer un tissu économique, à l’échelle du territoire, dédié à la filière. Des acteurs, mais aussi des problématiques inhérentes au manque de structuration des filières et des débouchés sont ainsi apparues. L’Ademe, référente sur les éco-matériaux d’un point de vue énergétique, est appelée par l’AESN à enrichir sa lecture d’une vision « eau », pour favoriser le chanvre au détriment du colza, équivalent d’un point de vue énergétique mais fortement consommateur de pesticides. Ainsi, de nombreuses marges de manœuvre existent, notamment parmi les dispositifs de soutien public à l’émergence de politiques ou de pratiques privées respectueuses de l’environnement, « en créant les synergies entre dispositifs territoriaux, pour aller chercher des cofinancements communs ».

Croiser les finalités des aides des différentes Agences en est une, développer l’angle économique desdites en est une autre, afin de contribuer non seulement à l’émergence de filières, mais aussi à la structuration de leurs débouchés. Ce qui, souligne Romain Degoul, constituerait un argument de poids auprès des acteurs bénéficiaires : « on gagne en légitimité en traitant le volet économique, et  on gagne en synergie et en cohérence entre politiques publiques locales ».

Concernant l’AESN, agriculture biologique et chanvre sont les deux grands gagnants de cette évaluation préliminaire des cultures à forte valeur ajoutée pour le territoire, ainsi que la luzerne, localement, là où l’élevage et ses débouchés sont bien enracinés dans les pratiques agricoles. Mais potentiellement, c’est davantage les métiers de l’Agence qui sont interpellés par les résultats de l’étude en pointant les avantages des projets en partenariat sur le financement direct : « il y a besoin d’apporter de l’ingénierie pour que ces politiques vivent dans les territoires ».

Dans les collectivités, l’apprentissage de nouveaux métiers

La transition écologique et ses montages complexes en vue de traiter la multiplicité des enjeux du territoire appelle aussi à une gestion évolutive des compétences au sein de la collectivité et des syndicats d’eau. Ce sont la capacité à questionner les modèles et stratégies économiques présents sur le territoire, les potentialités en matière de marketing territorial et de politiques publiques, ou encore le rôle d’animation et d’intermédiation joué par la collectivité qui contiennent en creux, les germes d’une créativité et innovation territoriale déterminées par une vision prospective.

C’est aujourd’hui, quelques uns des fondements de la vision politique qui détermine aujourd’hui l’action de l’agglomération de l’Auxerrois. Intelligence collective, planification territoriale durable, transversalité des politiques publiques, mais aussi bienveillance vis-à-vis des acteurs du territoire donnent le ton de ce territoire labellisé Territoire à Energie Positive pour la Croissance Verte. Une (r)évolution qui peut ne pas toujours trouver un écho favorable auprès des acteurs institutionnels, et qui par conséquent mise sur le dynamisme des acteurs alternatifs, les collectifs de citoyens et entrepreneurs. « Un partenariat a été conclu avec Bio Bourgogne sur la promotion de l’agriculture biologique, mais aussi la structuration des filières en aval » précise Bérangère Marchand, « tandis que la Chambre d’Agriculture va s’avérer plus aidante quand il s’agit de développer un modèle d’économie circulaire autour des boues et eaux de traitement de l’usine Yoplait. Nous réfléchissons aussi à mettre des clauses environnementales dans les baux de l’industriel ». « Aller au devant des acteurs facilite le dialogue », témoigne la Directrice générale adjointe, dont le travail s’appuie sur une convention de partenariat sur l’eau, la protection de la ressource, l’alimentation et la santé : « une convention très ouverte, ce qui étonne souvent ».


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