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Protection de l'eau et territoires

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Projets liés à l’eau et l’agriculture : comment éviter les tensions et les blocages ?

Dialogue territorial Nanterre

La méthode du dialogue territorial convainc de plus en plus d’élus et d’acteurs territoriaux : face aux incompréhensions, blocages et réticences que peuvent générer les projets de préservation de la biodiversité et la protection/reconquête de la qualité de l’eau, ce nouvel outil propose une véritable méthodologie pour fédérer efficacement et durablement les parties prenantes…

Protéger les captages implique l’évolution des pratiques d’un grand nombre d’acteurs locaux qui interagissent sur ce même espace, et l’activation de nouveaux leviers (filières, foncier, accompagnement de changement de pratiques) ce qui cristallise nombre de conflits d’usage. Pour cela, un processus impliquant l’ensemble des parties (ayant un impact sur la qualité des eaux et des milieux aquatiques) peut contribuer à l’élaboration de solutions collectives et partagées. Le dialogue territorial désigne ce processus, né de l’idée que de la diversité des visions et besoins des acteurs peuvent naître des solutions originales, efficaces et pérennes, pour des projets qui impliquent une ressource locale fragile : l’eau.

Dialoguer pour agir : retours d’expériences

Pratiquer le dialogue territorial, c’est favoriser un dialogue constructif entre tous les acteurs concernés par un projet, confrontés à un problème ou un blocage, à la recherche d’un accord respectueux des besoins de chacun.
Présentation vidéo (21’15) du dialogue territorial par Philippe Barret, Geyser

Afin d’explorer la démarche de dialogue territorial, la FNAB a organisé un séminaire national le 13 février 2014 à Nanterre au Crédit Coopératif en partenariat avec le Ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt (MAAF), le Ministère de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Énergie (MEDDE), les Agences de l’eau, Geyser/Dialter et le Centre Ressource du Développement Durable (CERDD).

Ces actes mettent en lumière des expériences de dialogue territorial décryptées. Comment décréter le cessez-le-feu et redevenir productifs ensemble ? Comment lier solidairement producteur agricole et buveur d’eau ? Comment freiner l’accélération des pollutions ? Praticiens, agriculteurs, conseillers d’élus, d’institutionnels (ministères, agences de l’eau…) apportent des réponses concrètes à ces questions centrales.

Le cas d’Airon Saint Vaast (62) : faire de la bio une solution approuvée

Un contexte territorial complexe

La commune d’Airon-Saint-Vaast, située dans le Pas-de-Calais, est un territoire où l’agriculture est relativement diversifiée et intensive avec des systèmes de polyculture-élevage, grandes cultures et cultures légumières sous contrats industriels. Les captages de la commune sont gérés par le Service de Distribution d’Eau Potable (SDEP) de Berck-sur-Mer et alimentent 5 communes.

Depuis 1985, le taux de nitrates des captages augmente jusqu’à flirter avec les normes de potabilité et le service des Eaux de Berck-sur-Mer commence à lancer des études pour savoir comment y remédier. En 1994, le territoire est classé en zone vulnérable et devient pilote en 2001 du Groupe Régional d’Action contre la Pollution Phytosanitaire de l’Eau (GRAPPE). Les agriculteurs sont régulièrement sollicités, sensibilisés et le dialogue s’installe progressivement.

Une opération de reconquête de la qualité de l’eau (ORQUE) est lancée en 2011 dans l’Aire d’Alimentation de Captages (AAC) d’Airon-Saint-Vaast, classée prioritaire au titre de la loi Grenelle dans un contexte où la menace d’une fermeture administrative des captages est réelle.

Les agriculteurs ont participé à plusieurs programmes d’amélioration des pratiques (lutte contre l’érosion et les pollutions diffuses). Les relations entre les agriculteurs et la collectivité gestionnaire de l’eau, le Service des Eaux de Berck-sur-mer, existent depuis longtemps ; méfiantes au départ, elles s’améliorent au fil du temps. Un seul producteur biologique est présent sur l’AAC. Dans un tel contexte, l’agriculture biologique paraît difficilement envisageable comme solution pour protéger l’eau. Pourtant, le plan d’actions validé aujourd’hui comporte des actions dans tous les domaines nécessaires pour améliorer la qualité de l’eau avec un volet agricole complet et ambitieux, comprenant notamment une action tout à fait novatrice de projet collectif biologique.

Mobilisation réussie des parties prenantes

La collectivité a une motivation très claire pour reconquérir la qualité de son eau, sans a priori sur la façon d’y arriver. Convaincue des intérêts de l’agriculture biologique pour protéger l’eau et sur la faisabilité de ce mode de production, elle a fait le choix d’élargir la représentation des organismes de développement agricole, en introduisant le Groupement des Agriculteurs Biologiques du Nord-Pas-de-Calais (GABNOR) auprès de la Chambre d’Agriculture, partenaire historique de l’accompagnement des agriculteurs de la zone, et en incitant à un réel partenariat entre ces structures.

La mobilisation des agriculteurs a toujours été et demeure une priorité : en s’appuyant sur un agriculteur relais du territoire, en cherchant à comprendre les conditions, les besoins et les contraintes des agriculteurs pour changer. La participation des agriculteurs aux diagnostics d’exploitations proposés par la Chambre d’Agriculture et le GABNOR a été exceptionnelle.

La Chambre a réalisé des diagnostics de pratiques et de risques au corps de ferme et à la parcelle chez plus de 90% des agriculteurs et le GABNOR des diagnostics Performance et Protection de l’Eau (évaluation des conséquences techniques, économiques et environnementales d’un passage en bio) chez plus de 30% des agriculteurs.

Les structures agricoles ont restitué les résultats des diagnostics agricoles aux parties prenantes et ont partagé avec eux les préoccupations des agriculteurs. Cela a contribué à amener les parties prenantes à chercher les solutions qui permettraient de lever les obstacles pour engager les agriculteurs dans un changement : une des conditions des agriculteurs étant la mise en œuvre du volet non agricole du plan d’actions [assainissement de certaines communes (Wailly Beaucamp et Campigneulles les Grandes) du champ captant qui dépendent d’une autre intercommunalité, étude d’impact d’une ancienne carrière ayant servi de décharge, engagement des communes dans la Charte de désherbage…] et un de leur besoin étant l’engagement réciproque du Service des Eaux.

Un plan d’actions collectif et innovant

Les structures agricoles ont proposé un plan d’actions complet allant de la production intégrée à l’agriculture biologique. La proposition d’un projet collectif biologique (permettant aux agriculteurs de faire l’expérience de la bio en visant des changements individuels dans un changement collectif) a été accueillie favorablement par toutes les parties prenantes du comité de pilotage de l’opération. Sa présentation aux agriculteurs du territoire avant son adoption officielle dans le plan d’actions a permis de la voir acceptée et d’identifier une douzaines de volontaires prêts à relever le défi. Le travail se poursuit maintenant pour trouver les statuts juridiques les mieux adaptés, construire la rotation, acquérir la technique, choisir le matériel et organiser le travail.

Il est essentiel d’entretenir le partenariat constructif et la dynamique de changement des parties prenantes pour garantir la réussite du projet, c’est ce qui permet de les responsabiliser et de re-questionner régulièrement leurs besoins et leurs positions pour avancer. Les agriculteurs ne sont pas les seuls concernés par la nécessité de changement.

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