Agriculture biologique,
Protection de l'eau et territoires

sur Twitter Flux RSS
  Espace
sites pilotes

Les mécanismes du changement appliqués au développement de la bio

DIREN RM - Territoire Bio & Eau - Plaine de Valence Romans

Le programme Bio & Eau de la plaine de Valence Romans (Drôme)

Le programme Bio & Eau existe en Drôme depuis 2013 et est financé par l’Agence de l’eau RMC, la région Aura et Agribiodrôme (GAB 26). Le cœur de ce programme est d’aller à la rencontre des agriculteurs conventionnels pour recueillir leurs avis sur la bio, parler de la bio, lutter contre les idées reçues, les freins et leviers qu’ils rencontrent pour passer leur système en bio.
Un comité de pilotage de l’action réunit l’ensemble des acteurs de la protection de la ressource du territoire (DDT, Agence de l’eau, Agglomération, Région, Conseil Départemental, Syndicat de rivière, Coopératives, GAB). Le but d’un tel comité est de permettre à ce programme d’être transversal à l’ensemble des initiatives de protection de la ressource et de confier l’animation du programme à l’une des structures, ici le GAB 26.
Sur le territoire de la plaine de Valence Romans ce sont plus de 220 rencontres individuelles de producteurs conventionnels qui ont été réalisées (sur 800 exploitations conventionnelles). Que faire de cette matière ? De cette connaissance ? Quels sont les constats ?

Rencontrer les agriculteurs pour bâtir des politiques publiques pertinentes d’accompagnement des conversions : vers des programmes de développement ascendants ?

Le principal constat a été que la gestion de la protection de la ressource en eau et les programmes développés en lien avec le monde agricole se font encore trop souvent de façon descendante. Les financeurs, les collectivités définissent des programmes d’actions qui seront acceptés et mis en œuvre par une certaine partie des paysans, le plus souvent ceux qui ont une attitude positive face au changement. Reste la grande majorité de la profession, hors réseaux, qui ne se sent pas représentée par les organismes consulaires, les associations agricoles et qui se coupe des outils de développement proposés par la puissance publique.

A la suite de ces 220 rencontres, un certain nombre d’attitudes face au changement, ici le passage de la ferme en bio, a été identifié.
Pour comprendre les dynamiques possibles d’évolution des profils et étayer cette réflexion il faut se tourner tourner vers les références existantes autour des sciences sociales et plus particulièrement sur la compréhension des mécanismes du changement selon Proshaska et Di Clemente.
Cette théorie peut être résumée ainsi : Face à une manière différente et inconnue de réaliser une action que nous maîtrisons déjà (un automatisme), plusieurs étapes ont lieu avant tout changement :

  • le rejet
  • la prise de conscience
  • la réflexion active
  • l’expérimentation
  • la confirmation

P1130164

Quelle application au changement de pratiques agricoles ?

Le travail auprès des agriculteurs se déroule en trois étapes :

  1. L’étape de rencontre et d’échange auprès de l’agriculteur en conventionnel. Ces rendez-vous se déroulent autour d’un même questionnaire. L’objet est d’échanger sur la bio et les différentes pratiques présentent sur la ferme. Elle a aussi comme objectif pour l’animateur de pouvoir comprendre le positionnement de l’agriculteur et ainsi de pouvoir adapter le travail suivant pour une meilleure efficacité. Ces rencontres ont lieu prioritairement sur les zones d’alimentation des captages prioritaires (exemple de questionnaire).

  2. L’étape de prise de rendez-vous : la liste des agriculteurs provient d’une convention avec la DDT, un courrier est envoyé en amont de l’appel téléphonique expliquant la démarche. L’animateur fait ensuite du démarchage téléphonique. Le taux de prise de rendez-vous est de 30 %.
  3. L’étape d’entretien du réseau et du lien informel. Ce lien est un canal de diffusion d’information ciblée. L’animateur tient informé les agriculteurs des actions sur le territoire qui peuvent les intéresser. Il doit pouvoir s’inscrire dans le paysage du producteur rencontré. Ce lien est à entretenir par plusieurs moyens (de visu, par tel, e-mail et par lettre d’info)

Ces trois phases sont accompagnées d’un temps de « mise en plate-forme de l’information » du territoire c’est-à-dire de collecte des initiatives en faveur de la protection de la ressource, de vulgarisation et d’adaptation aux différents publics. C’est à travers ce temps que l’animateur peut aussi être présent au sein des instances de protection de la ressource du territoire. L’analyse des données collectées sur le terrain fait partie de ce partage des informations.

P1130173

Les six profils rencontrés

Les différents agriculteurs rencontrés ont été classés en six profils, six positionnements vis-à-vis de l’agriculture biologique. Ce classement a pour seul but d’adapter par la suite les actions, la communication, la réponse à apporter en faveur d’un changement globale des pratiques agricoles.

Profil 1 : La bio, c’est n’importe quoi, je n’irai jamais (8 %)

    • Rejette les principes de l’AB, n’en voit pas l’intérêt
    • Se sent montré du doigt: empoisonneur, pollueur
    • Ne connaît pas le Cahier des Charges
    • Bio = régression, fraude, cultures sales, pour une élite de consommateurs

Profil 2 : La bio c’est bien mais chez les autres (24 %)

    • L’AB = de petites exploitations en vente directe dans des zones spécifiques
    • Se cache derrière de nombreuses excuses
    • Vague connaissance du Cahier des Charges: 0 produits chimiques
    • Pas ou de mauvais exemples bio, se base sur des a priori

Profil 3 : La bio c’est bien mais c’est quand même très contraignant (14 %)

    • Reconnaît l’intérêt des principes de l’AB
    • Ne voit que les contraintes de ce mode de production: plus de travail, plus de contrôles, plus d’investissements, trop de risques
    • Connaît des Producteurs bio mais n’a pas de discussion technique avec eux
    • Connaît un peu le cahier des charges, mais pas toujours très bien

Profil 4 : La bio pas pour moi, mais ok pour les techniques (15 %)

    • Ce sont des techniques intéressantes, mais veut conserver un garde-fou chimique en cas de problème
    • Regrette l’absence d’un label intermédiaire
    • Connaissance assez fine du cahier des charges, en pointe les « incohérences » (dérogations, proximité du conventionnel)

Profil 5 : La bio j’aurais aimé, mais je ne peux pas (14%)

    • Bonne vision de la bio, pourrait y réfléchir si levée DU/DES frein(s)
    • Freins importants difficiles à lever à court terme: Proche de la retraite sans reprise, associé pas du même avis, engagement dans un cahier des charges AOC ou des choix techniques non compatibles, pas de possibilité de valorisation bio
    • Connaissent bien les producteurs bio, voire travaillent avec eux

Profil 6 : La bio pourquoi pas… (25 %)

    • Vision positive de la bio, correspond à la façon dont ils ont envie de travailler
    • Connaissent bien les producteurs bio autour de chez eux
    • Ouverts et en demande d’info lors de l’entretien

… Pour après demain

    • Réflexion engagée pendant l’entretien
    • Envisage une conversion à long terme

… Pour demain

    • Réflexion déjà engagée, décision presque prise
    • L’entretien confirme sa position
    • Diagnostic envisagé à court terme

Ainsi peut être mis en place un plan d’action, de communication qui correspond à la capacité des paysans par catégorie à entendre tel ou tel message plus ou moins précis, techniques. Le programme Bio & Eau est ascendant, en partant des situations et capacités de chacun à recevoir un message et en adaptant celui-ci, il permet la pertinence de l’action publique.

Et concrètement, quelle utilisation est faite de cette typologie ?

On ne s’adresse pas de la même manière à un agriculteur qui souhaite passer en bio et à un agriculteur qui n’accorde aucun crédit à cette agriculture. Le schéma suivant illustre l’adaptabilité de l’action aux profils rencontrés.

 Schéma changement

Sur la plaine de Valence-Romans, les actions sont déclinées selon le type de profils de la manière suivante :

 

Tableau changement

Les résultats de la démarche

Avec 220 producteurs rencontrés depuis le début du programme dont 60 en 2015, le programme Bio & Eau a permis :

Communication

  • Rédaction de 30 bulletins « du lien ! » 250 destinataires principalement les agriculteurs conventionnels rencontrés. Ce bulletin permet une approche adaptée du changement de pratiques et permet de communiquer sur l’ensemble des actions locales de préservation de la ressource
  • Émissions de radio « Tout un foin » (radio locale) sur le changement en agriculture
  • Présence de stand de conversion lors d’événements agricoles

Travail en lien avec les acteurs de l’eau

  • Participation aux comités de pilotage des captages prioritaires
  • Participation à la mise en place d’un SAGE
  • Formations proposées aux acteurs de la protection de la ressource « comment parler de l’agriculture biologique aux conventionnels ? »

Rencontres avec les agriculteurs

  • 220 rencontres fin 2015
  • 18 conversions en cours d’étude soit 884 ha
  • Des créations de groupes mixtes (bio et conventionnels) fondés sur l’agronomie (sol, gestion des composts, engrais verts …)

Résultats sur le changement de pratiques

  • Une tendance à la conversion dans les systèmes céréaliers de la plaine
  • Les profils d’agriculteurs les plus éloignés de la bio sont en diminution. Acceptation et adoption des pratiques alternatives (type désherbage mécanique, engrais vert)
  • Des sollicitations directes d’agriculteurs voulant se renseigner sur la bio, notamment les premières rencontres Bio & Eau

Rédaction : Grégoire Jasson (Chargé de mission Eau et Bio, AgribioDrôme) et FNAB


Pour en savoir plus :

Exporter en PDFDownload PDF

Tous les dossiers

Vidéos

    Séparateur

Espace sites pilotes

Connexion