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Anne-Claire Pignal

Témoignage d’Anne-Claire PIGNAL

Chargée de mission à la Fédération Nationale des Coopératives d’Utilisation de Matériel Agricole (FN CUMA) et chargée de coordination du projet « CAP VERT »

 

 


Qu’est-ce que CAP VERT et sur quel diagnostic s’appuie-t-‘il ?     

En agriculture, la coopération existe depuis bien longtemps. Mais comment se renouvelle-t-elle à l’heure de la transition agroécologique, dans un contexte où un nombre de plus en plus important d’agriculteurs initie des changements de pratiques et de systèmes prenant davantage en compte les fonctions écosystémiques de leur milieu, et cela dans un contexte économique, climatique et agronomique particulièrement contraignant ? Le projet CAP VERT, c’est un projet de recherche-action multipartenarial mené de 2014 à 2017 et destiné à mieux comprendre en quoi la coopération en agriculture peut être levier pour l’évolution des modes de production agricole vers l’agroécologie.

Avec le soutien du Ministère de l’agriculture (Appel à projets CasDar Partenariat & Innovation), CAP VERT a associé des réseaux de développement qui misent sur l’action et la réflexion collectives en agriculture (FN Cuma, Réseau CIVAM, Trame, GABNOR – aujourd’hui Bio en Hauts-de-France-, Gaec et Sociétés), des instituts de recherche et acteurs de la formation (INRA, ESA, Montpellier SupAgro) et des collectifs d’agriculteurs ainsi que leurs accompagnateurs. CAP VERT s’est également appuyé sur le travail d’une thèse en sociologie autour des reconfigurations de l’action collective en Cuma.

Qu’identifiez-vous comme enseignements à partager concernant la transition agricole ?

À travers des espaces de production collective partant de l’expérience de terrain d’animateurs et de groupes d’agriculteurs, CAP VERT a permis d’identifier des points clefs concernant la plus-value, mais également le challenge que constitue la transition agroécologique en collectif, clefs qui peuvent éclairer les postures et les métiers des accompagnateurs mais aussi les collectivités. Nous avons relevé principalement quatre clefs :

  • La quête d’autonomie est un moteur essentiel pour la transition agro-écologique, dans un contexte de variabilité climatique et de volatilité des prix. Il est important de prendre en compte ce qui motive les agriculteurs pour accompagner l’évolution de leurs pratiques. À noter, l’agroécologie est parfois silencieuse : les agriculteurs progressent dans leurs pratiques sans se revendiquer d’agroécologie.
  • La multi-appartenance, c’est-à-dire l’appui sur une multitude de groupes, collectifs et réseaux semble indispensable. On note une complémentarité renouvelée entre coopérations de proximité par le travail et les ressources matérielles (en Cuma, à travers l’entraide agricole…) et groupes ou réseaux de partages d’expériences (GDA, Civam, par exemple).
  • L’hétérogénéité, en termes de stratégies, visions et cheminements des agriculteurs est un défi mais également un levier pour accompagner les collectifs. Nous constatons une hétérogénéité grandissante dans le monde agricole. Cette diversité peut être un moteur pour les collectifs en transition, à condition de savoir s’en saisir.
  • L’inscription dans le temps long est une caractéristique majeure des trajectoires individuelles et collectives de transition agro-écologique. Car les dynamiques sont notamment confrontées à la difficulté de perdurer dans un contexte de financements par projet.

Concrètement, comment peut-on contribuer à soutenir la transition agroécologique en collectif ?

Par la facilitation des dialogues entre pairs par exemple, mais également entre collectifs et entre réseaux de développement agricole. Nous avons pointé la nécessité pour les animateurs agricoles et les accompagnateurs de gagner en compétence pour favoriser la mise en relation à ces différents niveaux. C’est une des raisons d’être de nos réseaux. Notre mission est bien de mettre en relation des agriculteurs qui ne se rencontrent pas ou peu. Imaginons un groupe d’éleveurs qui se lance dans la culture de protéines végétales avec ensilage. Un autre groupe du même secteur se lance lui dans le pâturage. Comment faire pour que ces deux groupes apparemment séparés techniquement et pourtant proches géographiquement communiquent entre eux sur leurs pratiques ?

Les collectivités peuvent être des facilitateurs voire des catalyseurs de cette mise en relation, ainsi que dans la connaissance des aides et soutiens dont peuvent bénéficier ces innovations collectives, en concertation avec d’autres acteurs comme l’État, l’ADEME ou les Agences de l’eau.

Aujourd’hui, comment les réseaux partenaires de CAP VERT souhaitent-ils aller plus loin ?

Le mot « autonomie » est un fil rouge dans le travail de CAP VERT, il a été l’un des piliers sur lesquels nous avons fondé notre action. Être autonome ne consiste pas à s’isoler mais plutôt à choisir ses propres dépendances, dans une logique d’alliance. Comment aider les agriculteurs dans leur quête d’autonomie ? Nous travaillons actuellement à la formulation de préconisations à destination des pouvoirs publics afin que les collectifs d’agriculteurs soient davantage « auteurs et acteurs » des politiques agro-environnementales sur leurs territoires : pourquoi ne pas laisser le champ libre à l’expérimentation en collectif en l’assortissant d’une responsabilité collective d’obtention de résultats sur un territoire ? Comment réfléchir dans une temporalité plus longue que celle des GIEE par exemple, qui soutiennent des projets délimités dans le temps ?  Nous cherchons à capter l’inventivité qui se dégage des formes de coopération et de solidarité entre agriculteurs sur plusieurs territoires pour proposer de nouvelles manières de concevoir et gérer les politiques publiques.

Le projet CAP VERT contribue-t-il à la progression de l’agriculture biologique ?

Notre réseau, de même que d’autres réseaux partenaires du projet, n’est pas militant spécifiquement en faveur de l’agriculture biologique. Les CUMA, comme d’autres groupes, sont de plus en plus confrontées à la co-existence entre différents modèles de référence : des agriculteurs conventionnels s’engagent dans l’agriculture biologique, des groupes intègrent des agriculteurs qui s’installent en agriculture biologique… Dans ce contexte, nous nous retrouvons tous derrière l’enjeu de dépasser l’horizon de la Révolution verte.


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