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Protection de l'eau et territoires

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Christophe Klotz

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Témoignage de Christophe Klotz

Directeur d’Agrivair (Nestlé Waters Vosges)

 


 

Pourquoi un opérateur économique comme Nestlé Waters s’est-il engagé dans une démarche préventive de protection des captages d’eau ? Comment l’agriculture bio s’est-elle imposée comme l’une des solutions ?

Nestlé Waters a décidé d’adopter une politique de protection préventive du bassin d’alimentation des sources et des terres qui entourent ces sources afin de garder la pureté originelle de l’eau et garantir ainsi la qualité de ses eaux. Notre approche est différente de celle de l’agriculture biologique, nous proposons aux agriculteurs signataires du cahier des charges Agrivair de s’engager à mettre en place une politique « zéro pesticide ». C’est  un modèle d’agriculture très proche de l’agriculture biologique puisqu’il refuse l’utilisation des pesticides ; la différence de ce modèle d’avec l’agriculture biologique est qu’il va au-delà, en interdisant tous les pesticides, même ceux d’origine animale [NDLR : Le cahier des charges de l’agriculture biologique interdit l’utilisation des pesticides et engrais de synthèse. Son respect est garanti par des organismes certificateurs externes. C’est le seul mode de production agricole qui soit autant contrôlé.]

Comment s’est déroulée la démarche ? Quels sont les résultats aujourd’hui ?

Au cours des années 80, le nombre d’agriculteurs utilisant des engrais chimiques, des pesticides et des herbicides pour leur exploitation s’est multiplié autour des sources de VITTEL®, CONTREX® et HÉPAR®. Le bassin d’alimentation des sources risquait d’être potentiellement pollué et la production d’eau minérale naturelle pouvait donc être menacée. C’est pour cette raison que nous avons lancé, à la fin des années 80,  un programme de recherche et d’étude en partenariat avec l’INRA pour protéger les sources.

Ce programme constitué d’équipes pluridisciplinaires (historiens, sociologues, économistes, agronomes et zootechniciens) avait pour objectif d’établir un scénario de protection « zéro pesticide » autour des sources tout en maintenant le niveau des revenus agricoles. Pour mettre en place cette politique « zéro pesticide » il fallait donc convaincre les acteurs locaux concernés de l’intérêt collectif à adopter une politique de protection durable. C’est pourquoi, en 1992, Nestlé Waters a créé Agrivair, une filiale de Nestlé Waters Vosges, afin de mettre en pratique les préconisations des chercheurs.

Agrivair a accompagné les agriculteurs locaux aussi bien sur le plan logistique que financier par le maintien du revenu agricole et le rachat d’environ 1/3 des terres pour favoriser le désendettement, et ce, en collaboration avec la SAFER (Sociétés d’Aménagement Foncier et d’Établissement Rural) et le soutien des fonds européens d’aide au changement. En échange du respect d’un cahier des charges zéro nitrate et zéro pesticide sur le très long terme (jusqu’à 30 ans), des terres ont été mises à disposition intégralement et gratuitement aux agriculteurs partenaires. Ce cahier des charges inclut : l’abandon du maïs, le compostage des déjections animales, la suppression de tous les pesticides, l’allongement des rotations (avec luzerne) et un nombre de bêtes/ha limité (ex : 1 vache / ha).

Cette démarche a permis de concilier développement économique local et pérennité de la qualité des ressources en eaux en fédérant autour d’elles agriculteurs et industriels, collectivités et administrations locales, résidents, mais aussi gestionnaires de voies ferrées, horticulteurs, paysagistes et gestionnaires d’espaces verts.

Désormais la biodiversité est protégée et des couverts comme l’herbe ou le trèfle, qui fonctionnent comme de véritables « pièges à nitrates », sont entretenus. Le désherbage des aires de sport, des voiries municipales, des voies ferrées est maintenant effectué avec des machines thermiques sans produit chimique et en partenariat avec les acteurs publics et privés concernés tels que des mairies et l’entreprise TARVEL pour le parc de VITTEL.

Le modèle Agrivair a ainsi permis de perpétuer une agriculture respectueuse de l’environnement et surtout de préserver la qualité et la pureté originelle du bassin d’alimentation des sources. Aujourd’hui, pas moins de 30 exploitations agricoles sont conventionnées en zéro pesticides ce qui représente près de 10 000 hectares. Grâce à l’action d’Agrivair, la qualité des agrosystèmes locaux a été restaurée et la biodiversité en ville est équivalente à celle de certains espaces protégés. Par ailleurs, Agrivair encourage les initiatives qui s’inscrivent dans une logique de développement durable, comme la sensibilisation des riverains au jardinage au naturel avec l’association Plaine de Jardins.

Si les moyens mis en œuvre pour ce projet ne sont pas comparables avec les moyens dont disposent la plupart des collectivités gestionnaires de captages, quels sont les enseignements à tirer de cette expérience pour les acteurs publics et privés de l’eau ?

Le principal enseignement à tirer de cette expérience est que le « faire ensemble » peut amener à la mise en commun des intérêts environnementaux, économiques et sociaux de toutes les parties prenantes d’une région et aboutir ainsi à un succès. En effet, l’engagement partenarial avec les acteurs du territoire (agriculteurs, entreprises, collectivités territoriales et locales, gestionnaires touristiques etc.) a été la clé de ce succès. L’action d’Agrivair a notamment permis de sensibiliser les acteurs locaux à l’importance du développement durable. A titre d’exemple, l’action « je jardine au naturel, et vous ? » développée par l’association Plaine de Jardins et qui accompagne l’action d’Agrivair, encourage les populations locales à mettre en pratique un jardinage respectueux de l’environnement. Cet engagement se décline en 5 points :

  • Proscrire l’utilisation de produits nocifs dans la nature.
  • Promouvoir la pratique du jardinage naturel en lien avec la politique « zéro pesticide ».
  • Protéger les insectes et les oiseaux.
  • Privilégier les techniques de jardinage au naturel dans son cadre de vie.
  • S’entourer de végétaux dans son environnement.

La spécificité d’Agrivair a donc avant tout résidé dans le fait d’amener le changement en collaborant avec les parties prenantes, en les conseillant, les convainquant et sans jamais rien imposer.

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