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Cyrielle Denhartigh

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 Témoignage de Cyrielle Denhartigh

Responsable « Agriculture et Alimentation », Réseau Action Climat (RAC)

 


Pouvez-vous présenter le Réseau Action Climat ?

Le Réseau Action Climat (RAC) est composé de 19 organisations nationales qui traitent des questions environnementales et de solidarité internationale. Au centre, l’idée qu’il faut se coordonner pour peser davantage dans l’orientation des politiques publiques. Nous faisons un travail de plaidoyer auprès des institutions, mais aussi un travail de pédagogie auprès du grand public pour décrypter les informations scientifiques.

Quels sont les défis qui vous mobilisent ?

À la création du Réseau Action Climat en 1996, nous cherchions à unir nos forces pour suivre un sujet peu visible dans les médias. Aujourd’hui l’ambition se situe ailleurs, dans un contexte où le dérèglement climatique fait désormais partie de l’agenda politique. Nous veillons à ce que l’urgence climatique ne pousse pas les politiques publiques à instaurer des « fausses solutions ».

Exemple de « fausse solution », les OGM : des fonds publics sont accordés pour trouver des semences moins consommatrices d’eau, plus résilientes au changement climatique. Pour nous, les OGM génèrent d’autres problèmes liés à une augmentation de la consommation de produits chimiques, la contamination des champs voisins et de la biodiversité par exemple.

L’agriculture a besoin non pas d’un sparadrap mais d’une transformation beaucoup plus profonde du modèle agricole et alimentaire dominant. L’enjeu climat ne vaut que s’il entraîne avec lui la transition agricole et alimentaire dans son ensemble.

Quel est votre rôle au sein de cette organisation ?

Je me focalise sur l’agriculture et l’alimentation. Pour rendre ce secteur moins émissif d’une part, et plus résilient par rapport aux changements climatiques d’autre part, il faut être tactique ! Je vais là où personne ne va parler du climat. Au ministère de la santé par exemple, cet enjeu est absent du Programme national nutrition santé (PNNS). Pourtant, ce dernier est en cours de négociation et devra alors se rendre compatible avec la stratégie nationale bas carbone, adoptée en 2015. Cela signifie que l’État devrait inciter à la baisse de la consommation de viande notamment. La baisse de la consommation de viande associée à la consommation d’une viande de meilleure qualité est l’une des exigences que nous mettons en avant pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Actuellement 80% de la SAU française est consacrée à la production animale. Les surfaces agricoles doivent se tourner davantage vers une production végétale à destination de l’alimentation humaine, moins consommatrice d’espace.

Je fais porter la voix du climat pour la prochaine réforme de la Politique agricole commune. À un niveau plus local, celui des collectivités territoriales, nous accompagnons les élus pour intégrer l’alimentation dans leur Plan Climat Air Energie Territorial (PCAET) : il doit être adopté obligatoirement par toutes les collectivités avant fin 2018.

Quelles sont les interactions principales entre réchauffement climatique et agriculture ?

Il existe trois types d’interaction entre réchauffement climatique et agriculture.

Le secteur agricole et alimentaire, fortement émetteur de gaz à effet de serre, contribue au dérèglement climatique (fertilisation azotée, fermentation entérique, déjections animales et, dans une moindre mesure, émissions liées aux consommations énergétiques : serres chauffées, tracteurs…). C’est aussi le plus impacté par les changements climatiques (vagues de chaleurs, sécheresse, grêles…). Enfin, l’agriculture est pourvoyeuse de solutions dans la lutte contre le réchauffement climatique. Les énergies renouvelables le montrent, tout comme la séquestration du carbone dans les sols par exemple.

Le scénario « Afterres 2050″ montre qu’il est possible de diviser de 2,6 l’empreinte carbone de notre agriculture : comment cet objectif peut-il être atteint ?

Ce qui manque aujourd’hui : une vision. Du courage politique, pour assumer nos objectifs climat actés lors de l’Accord de Paris en 2015. Il faut prendre le problème dans son ensemble, cesser de décorréler la politique agricole de la politique alimentaire par exemple. Montrer que l’application du scénario Afterres dégage des effets positifs : sur l’emploi, sur le budget de la sécurité sociale – diminué par une meilleure santé de la population – sur l’air, l’eau, la biodiversité… mais aussi sur les revenus des agriculteurs avec des filières de qualité plus rémunératrices.

Comment percevez-vous l’intérêt de l’agriculture biologique vis-à-vis des enjeux climatiques ?

Le scénario Afterres vise 45% de la SAU en bio pour 2050. Le cahier des charges de l’agriculture biologique impacte directement les rejets en matière de gaz à effet de serre grâce à son approche systémique de la recherche d’autonomie. Vaches à l’herbe, suppression des engrais de synthèse, les techniques concourent à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Une des critiques adressées au modèle d’agriculture bio : elle ne pourrait pas nourrir toute la population. Mais si l’on considère que la consommation en viande industrielle va diminuer, une grande partie de la SAU française pourra être réaffectée à la production végétale pour l’alimentation humaine.


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