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Eric Guihery

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Témoignage d’Eric Guihery

Éleveur de vaches laitières bio en Mayenne, secrétaire national Lait de la Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique (FNAB)

 


Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis producteur de lait bio dans le Nord-Ouest de la Mayenne, en bio depuis 15 ans, en GAEC avec mon épouse, avec un petit peu de salariat, sur 75 ha, 70 vaches laitières, en filière longue et à la marge un peu de production de viande en circuit court et ponctuellement des céréales. Je vends mon lait via l’OP Seine-et-Loire à Lactalis qui le transforme, principalement pour du lait UHT de consommation. L’exploitation est située sur une zone très herbagère, avec optimisation au maximum du pâturage.

Je suis par ailleurs co-président du Civam Bio 53 (le GAB de Mayenne), membre des Conseils d’administration de la CAB Pays de la Loire et de la FNAB, et secrétaire national de la filière laitière à la FNAB.

Qu’est-ce que Lait Bio de France ?

Pour comprendre ce qu’est Lait Bio de France (LBF), il faut revenir sur l’historique de la filière lait. Au début des années 2000, à l’arrivée des Contrats Territoriaux d’Exploitation (CTE) et lors de la vague de conversions qu’on a connue et dont je faisais d’ailleurs partie, la filière lait bio était très peu structurée : le groupement de collecte Biolait rassemblait environ un tiers des producteurs, le reste des producteurs vendait son lait à des coopératives ou des laiteries privées, et il n’y avait aucun lien entre producteurs.

Nous avons donc décidé de nous regrouper entre producteurs, au départ pour anticiper la fin des quotas et négocier avec les laiteries les volumes et les prix. Le chemin a été long, et les collecteurs privés voyaient d’un mauvais œil l’émergence d’un collectif de producteurs. Mais grâce au réseau FNAB, nous avions des liens entre producteurs de différentes régions, nous nous sommes formés juridiquement et nous avons mis en place 7 associations de producteurs 100 % bio, une par zone de collecte de laiterie du Grand Ouest. En parallèle de notre démarche, le Ministère de l’Agriculture a ouvert le champ des Organisations de Producteurs (OP) à la filière laitière. Pour peser sur les poids et les volumes, il fallait qu’on se regroupe plus largement, et on voulait maintenir un lien pour garder une solidarité entre nous. On a donc créé l’association Seine et Loire qui a été reconnue OP Lait Bio de mandat au printemps 2012 [9 associations aujourd’hui sont membres de l’OP Seine-et-Loire]. Aujourd’hui, plus de 60 % des producteurs de lait qui vendent en laiterie privée adhèrent à l’OP. Biolait, de son côté, avec des producteurs partout en France, qui s’est faite reconnaître OP commerciale, et une coop 100 % bio en Mayenne, Lait Bio du Maine, a fait de même. Dans le Grand Est, où il y a une présence forte de laiteries privées, les producteurs se sont inspirés de notre démarche et ont été reconnu OP Lait Bio de mandat fin 2014.

Nous avons voulu aller plus loin et travailler ensemble, OP commerciales et OP de mandat, pour accompagner et inciter au développement de la filière bio. Même si on peut aussi être concurrents, nous sommes convaincus qu’il est possible partager des objectifs de développement du lait bio, tout en s’adaptant à chaque objet des organisations de producteurs. C’est là qu’on a créé Lait Bio de France, avec ces quatre organisations et l’Association des Producteurs-Coopérateurs de Lait Bio de l’Ouest. L’objectif de Lait Bio de France, c’est un développement harmonieux de la filière, de la production d’abord mais aussi de la transformation et de la consommation. Le cœur du travail de LBF est d’amener chacune des structures à une meilleure connaissance du marché, à une volonté d’accompagnement de la bio et des agriculteurs bio, et de mener une réflexion collective sur les conversions et la prospective sur les produits laitiers.

Justement, les demandes de conversions en lait bio explosent depuis la fin 2015. Quelle est l’ampleur de cette « vague » ? Qu’est-ce qui explique cette tendance ?

Nous n’avons pas encore de chiffres officiels mais on peut estimer à plus de 600 le nombre de producteurs actuellement en conversion, pour 2500 producteurs de lait bio aujourd’hui. Ça représente une hausse attendue de 25 % du nombre de producteurs de lait bio pour 2017 et surtout 2018. Ce sera potentiellement plus important encore en volume, car les fermes qui entrent aujourd’hui en conversion sont en moyenne plus grandes que les fermes laitières bio actuelles.

La cause, c’est évidemment la crise du lait conventionnel, comme ça a été le cas en 2009. Certains producteurs conventionnels qui n’étaient pas très loin de la bio et qui avaient hésité en 2009, se sont décidés cette année à sauter le pas. Mais depuis le 1er trimestre 2016, nous avons également beaucoup de demandes de gens qui, voyant le système conventionnel sans issue, ont le choix entre arrêter le lait ou passer en bio, avec des systèmes qui, pour certains, sont très loin des systèmes herbagers.

Quels défis posent l’augmentation des conversions pour la structuration de la filière lait bio ? Comment y répondre ?

La vague actuelle de conversions en lait est du niveau de ce qu’on a vécu en 2010-2011 ou au début des années 2000 (augmentation de 50 % du nombre de producteurs bio sur 3 à 4 ans) : à chaque fois, la filière a réussi à absorber ces volumes supplémentaires, avec une réelle reconnaissance sociale des produits laitiers bio. Les deux grands défis posés aujourd’hui, ce sont ceux de l’accompagnement technique et de la structuration de la filière, et donc par là l’enjeu de l’investissement dans l’organisation collective.

La technicité des nouveaux producteurs n’est pas toujours au point. Ce sont des gens qui n’ont pas forcément anticipé leur conversion et qui pourront avoir des difficultés de trésorerie pour passer le cap des deux années de conversion. Ces deux années sont en effet difficiles en terme d’appropriation technique, surtout quand on part de loin sur la gestion des pâturages, des rotations, des assolements… C’est un gros défi pour l’accompagnement technique, pour que les conversions puissent être conduites sereinement.

Concernant la structuration de la filière, plusieurs leviers sont possibles. Le premier, c’est celui de la consommation : il faut se préparer à faire des communications grand public dès 2017 pour développer la consommation de lait bio, avec une gamme de produits qui devra s’élargir. Sur ce point, on peut faire confiance et accompagner si besoin les différents acteurs de la filière.

Le second levier, c’est celui de l’autorégulation. Lait Bio de France regroupe 50 % des producteurs de lait bio, on peut donc espérer mettre en œuvre une autorégulation à large échelle. L’autorégulation fait qu’il y a moins de risque de déclassement, que la course au volume est nulle et non avenue. Cela a déjà été testé à plus petite échelle : avec l’arrivée des conversions de 2009, Biolait et Lait Bio du Maine ont testé en 2012 une réduction en volume de 4-5 % pour ne pas déclasser une partie du lait en conventionnel. Cela a permis aux producteurs de ces organisations de bien passer ce cap. Je suis persuadé que ça peut marcher à plus grande échelle : les bio historiques sont tout à fait capables de comprendre cette proposition que pourrait lancer Lait Bio de France, et les nouveaux bio savent trop bien ce que c’est que d’avoir trop de volume sur un marché. Les collecteurs sont aujourd’hui prêts à nous accompagner, ils ont compris qu’un partenariat gagnant-gagnant est possible.

D’autres leviers sont possibles, comme les caisses de mutualisation ou autre mais cela nécessite une forte implication de la majorité des producteurs de lait bio.

Comment les collectivités territoriales peuvent-elles accompagner la structuration de la filière laitière bio ?

C’est encore un sujet à construire, mais quelques exemples sont intéressants en la matière. La plateforme d’approvisionnement Manger Bio 53 avait besoin de yaourt pour la restauration collective. Manger Bio 53, le Civam Bio, une entreprise de l’économie sociale et solidaire et la coopérative Lait Bio du Maine mènent donc un travail pour mettre sur pied une yaourterie. La région a accepté de financer l’animation de ce projet, qui devrait bientôt voir le jour. L’appui à des projets qui émergent, c’est donc un premier rôle possible pour les collectivités. Dans un contexte où les structures de transformation laitière, de par leur grande taille, sont peu adaptées à la bio, des collectivités pourraient soutenir, voire initier des projets de transformation à la ferme ou la création d’outils de moyenne dimension. Enfin, la commande publique, c’est aussi un levier important que peuvent actionner les collectivités : la restauration collective, notamment sur l’ultra frais, les fromages affinés, peut représenter des volumes importants. Il nous appartient de démontrer aux acteurs politiques qu’ils ont également des leviers pour ce développement territorialisé de la bio.

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