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Isabelle Touzard

Isabelle TouzardTémoignage d’Isabelle Touzard

Vice-présidente de Montpellier Méditerranée Métropole, déléguée à l’agro-écologie et l’alimentation.   

 

 


Pouvez-vous présenter en quelques mots ?

Je suis ingénieure agronome, j’ai travaillé dans les domaines du développement agricole, notamment en Amérique Centrale, puis dans la formation d’ingénieurs et l’expertise sur l’ingénierie de formation à l’international. Je suis devenue directrice adjointe de Montpellier SupAgro en 2010. En 2014, je me suis présentée aux élections municipales à Murviel-lès-Montpellier, une commune rurale située à 10 km de Montpellier. J’ai été élue maire au premier tour et suis devenue vice-présidente de la Métropole en charge de l’agro-écologie et de l’alimentation, une délégation nouvellement créée sur ces thématiques. Je continue aujourd’hui à travailler à Montpellier SupAgro en tant que chargée de mission à mi-temps auprès de la direction.

Quelles sont les principales caractéristiques du territoire de la Métropole, notamment concernant l’agriculture ?

La Métropole est située dans le département de l’Hérault, un des départements les plus riches en biodiversité où la diversité des écosystèmes est très forte (littoral, arrière-pays). L’agriculture du département est diversifiée avec une gamme vaste de productions agricoles (viticulture, arboriculture, maraîchage, céréales, élevage ovins et taureaux, etc.).

La Métropole compte 450 000 habitants et rassemble 31 communes. C’est le bassin de consommation le plus important de la région. L’agriculture y occupe essentiellement les espaces agricoles et les espaces dits naturels (garrigue, etc.) avec l’élevage ovin. Ces espaces représentent chacun un tiers du territoire, avec cependant beaucoup de terres en friche.

La viticulture est prédominante dans l’agriculture de l’agglomération. Le maraîchage y est traditionnellement assez intensif, avec des productions qui sont exportées dans le reste de la France et peu consommées localement. Une agriculture « nomade » se développe sur des terres sous-exploitées (anciennes vignes) et précaires, avec des cultures comme la luzerne ou le blé dur.

Depuis quelques années se développe un petit maraîchage, souvent bio et en circuits courts, exploités par des agriculteurs « hors cadre familial ». De même, une cinquantaine de viticulteurs vinifient eux-mêmes, et parmi eux, on compte plus d’un tiers de viticulteurs bio. Il faut rappeler que le département de l’Hérault est le 4e département bio de France, avec 10% des surfaces en bio, et une forte tendance au développement de ce mode de production.

Sur le plan économique et social, la Métropole connaît une forte croissance démographique, avec une population jeune et marquée par un taux de chômage élevé. La précarité alimentaire est une préoccupation importante, en lien avec les enjeux de santé. La volonté de la Métropole est donc aussi que la politique agricole permette de donner accès à tous à une nourriture saine et locale, notamment via le levier de la restauration collective.

Pourquoi la Métropole s’approprie-t-elle les enjeux agricoles de territoire ? Quels sont les objectifs d’une telle politique ?

D’abord, l’attente des citoyens est forte sur ce sujet, notamment en zone urbaine : les citoyens sont de plus en plus sensibles à la question de l’agriculture de proximité, du local, de l’alimentation saine.

Plus largement, l’agriculture et l’alimentation sont des sujets transversaux, qui touchent aux différentes politiques publiques de la Métropole : aménagement du territoire et préservation des paysages, biodiversité, qualité de l’eau, déchets, économie et insertion, climat, tourisme, cohésion sociale et lien ville-campagne, participation citoyenne, santé, etc.

Avec le Schéma de Cohérence territoriale (SCOT), la Métropole avait déjà bien affirmé la volonté politique de maintenir les espaces agricoles et naturels face à l’urbanisation, en allouant un tiers de l’espace à chacune de ces fonctions.

Nous avons souhaité poursuivre cette démarche sur l’agro-écologie et l’alimentation, en faisant notamment le lien avec la question du développement économique et de l’emploi et de la préservation des ressources naturelles (la Métropole a par ailleurs adopté un Agenda 21 en 2011 et un Plan Climat Énergie territorial en 2013).

Nous avons identifié cinq finalités pour notre politique « Agro-écologie et alimentation » :

  • Soutenir l’économie et l’emploi agricoles et agro-alimentaires
  • Préserver le patrimoine paysager et les ressources naturelles.
  • Offrir une alimentation saine et locale au plus grand nombre
  • Limiter les émissions de gaz à effet de serre et s’adapter au changement climatique
  • Favoriser la cohésion sociale en soignant le lien avec la nature, les liens entre ville et campagne.

De ces finalités découlent plusieurs axes opérationnels, définis en concertation avec les 31 communes de la Métropole :

  • Consolider le tissu des fermes agro-écologiques en vente directe : cela passe par la reconquête du foncier agricole, notamment les terres en friches de la métropole, des communes et des propriétaires privés, pour y développer une agriculture nourricière. C’est aussi le sujet de la transmission des exploitations. Nous sommes également en train de cartographier les exploitations et lieux de vente en vente directe afin de les faire connaître.
  • Favoriser l’approvisionnement local de la ville, en particulier celui de la restauration collective via l’accompagnement méthodologie des communes pour compenser les surcoûts liés à l’introduction de produits bio et locaux par exemple.
  • Mobiliser les citoyens autour de l’alimentation et du lien entre producteurs et consommateurs : il s’agit notamment de soutenir, financièrement et par de la mutualisation, les initiatives citoyennes sur l’agro-écologie et l’alimentation.
  • Soutenir les entreprises innovantes dans le domaine de l’agroalimentaire et des services à l’agriculture.
  • Promouvoir la diversité des produits emblématiques du territoire et développer l’agro-tourisme : nous souhaitons développer l’identité gastronomique du territoire (vin, fromage, olive, miel, etc.), en faisant la promotion de ces produits.
  • Construire une démarche cohérente d’intégration de l’agriculture dans les projets d’aménagement, avec la volonté de développer partout l’accès à une offre alimentaire saine et locale.

Quelle méthodologie a été mise en œuvre pour élaborer cette politique ?

Nous avons choisi de ne pas accorder trop de temps à l’élaboration d’un diagnostic approfondi et exhaustif. L’option est délibérément prise d’expérimenter, d’avancer par l’action en apprenant, s’inspirant des expériences des autres territoires nationaux et internationaux, de nos erreurs comme de nos réussites et de corriger la démarche « en marchant ».

Nous avons défini les axes opérationnels lors de trois ateliers avec les élus des 31 communes de la Métropole. Des chercheurs (économistes, sociologues, anthropologues, agronomes) sont intervenus lors de ces ateliers pour présenter un portrait agricole et alimentaire du territoire. L’appui scientifique a permis de partager les constats et les enjeux parmi les élus, notamment entre communes rurales et communes urbaines.

En juin 2015, la Métropole a adopté par délibération la proposition de cadre d’actions issue de de cette concertation. Pour décliner les axes opérationnels en programme d’action, des fiches actions ont été rédigées en associant les professionnels, notamment le monde agricole. Un comité d’orientation sera constitué pour chaque axe, avec des partenaires différents selon les sujets et les échelles territoriales. Tous les principaux partenaires ont été rencontrés individuellement en amont. Nous voulions vraiment fonctionner sur un mode collaboratif.

Nous avons aussi renforcé l’équipe technique agricole de la Métropole, en passant de 2 à 4 postes. Nous allons également mettre en place un volet de formation sur la thématique, pour les élus et techniciens de la Métropole et des communes.

Quels sont les premiers résultats et principales perspectives ?

Notre plan d’actions est clair et bien défini, mais nous le commençons tout juste. Des conventions de partenariat commencent à être signées avec les professionnels. Nous avons initié le travail sur le foncier, en choisissant de travailler en priorité sur les terrains publics, en particulier ceux de la Métropole, avec des appels à projets test. Les premiers retours sont positifs et font la part belle aux porteurs de projet en bio. Concernant la ressource en eau, l’objectif est d’aller vers une agriculture qui ne pollue pas et consomme peu d’eau, et l’agriculture bio fait partie des solutions envisagées. Un programme d’action a été initié en 2014 sur la zone de captage du Flès, touchée par des pics de pollutions aux pesticides.


Pour en savoir plus :

  • Consulter la délibération « Politique agroécologique et alimentaire » de Montpellier Méditerranée Métropole (29 juin 2015)
  • Visiter le site web de Montpellier Méditerranée Métropole
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