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Jean-Christophe Bureau

JC Bureau

 

Témoignage de Jean-Christophe Bureau

Professeur d’économie à AgroParisTech et chercheur associé au CEPII, co-auteur de la note « L’agriculture française à l’heure des choix » (CAE, décembre 2015). 


 

Vous avez publié en décembre 2015 une étude intitulée “L’agriculture française à l’heure des choix”. Vous y pointez un “bilan environnemental alarmant” pour l’agriculture, qui serait également un impératif économique. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Cela fait maintenant une trentaine d’années qu’il y a eu une prise de conscience d’effets néfastes d’une agriculture très « artificialisée », au sens où l’on utilise le sol comme un substrat auquel on apporte des éléments extérieurs. Problèmes de compaction, d’érosion, de baisse de la matière organique, de disparition des auxiliaires des cultures, de perte de capacité de gestion des eaux (disparition des zones humides et prairies permanentes). Ce qui est nouveau c’est que désormais, ceci correspond à des coûts économiques plus visibles. D’une part car on commence à savoir les estimer (même si c’est avec des méthodes discutables). On a vu ainsi des articles scientifiques qui chiffrent le coût économique de la disparition des pollinisateurs, des chauve-souris, ou encore le coût de la pollution azotée. Même s’il y a bien davantage de raisons de protéger l’environnement, ces coûts ont un impact fort car ils donnent une visibilité du problème à des décideurs qui sans cela n’ont guère d’incitations à protéger des arbres ou des poissons qui…. ne votent pas. D’autre part il y a une prise de conscience malheureusement trop lente, que ce mode d’agriculture spécialisée et dépendante d’intrants extérieurs est très fragile en cas de choc économique, car elle est peu résiliente. Il est d’ailleurs curieux que les tenants d’une industrialisation de la production laitière ou de la monoculture de maïs ne réalisent pas que des systèmes plus autonomes aient eu ces derniers temps de meilleures performances économiques: rappelons que, en pleine crise du lait entre décembre 2014 et décembre 2015, l’Irlande, aux systèmes de production à base d’herbe, a accru sa production de 30%, alors que les éleveurs plus dépendants d’intrants extérieurs réduisaient la leur.

Quelles sont vos recommandations pour orienter la politique agricole vers un système plus pérenne ?

Je ne partage pas le côté mystique de certains tenants de l’agroécologie. Mais sur un simple plan agronomique, il y avait (et il y a toujours) des façons de s’appuyer davantage sur les écosystèmes que… de les remplacer par des intrants chimiques. Des systèmes performants nous le prouvent, comme par exemple les systèmes sophistiqués de cultures associées que l’on trouve aux Antilles. Je ne suis pas contre le fait que l’on laisse se développer une agriculture industrielle si elle peut vivre seule. Mais l’argent public doit aller à des systèmes plus pérennes. Certes, il y a des obstacles à la généralisation de telles approches. Elles sont plus complexes que de recourir à des intrants chimiques de précaution ; elles demandent souvent plus de travail, or le travail est justement ce qui est cher en France. Et elles font l’objet d’une opposition à mon avis très idéologique des syndicats majoritaires mais aussi des structures de conseil, souvent parties prenantes dans la fourniture d’intrants. Il faut bien être conscient que si l’on avait investi l’effort de recherche que l’on a mené depuis 80 ans sur une agriculture plus en phase avec les régulations biologiques des écosystèmes, il est clair que l’on aurait de toutes autres performances de ces systèmes plus autonomes aujourd’hui.

Quelle place peut jouer l’agriculture biologique dans cette mutation du système agricole ?

Sur un plan des outils de politique agricole, un gros intérêt de l’agriculture biologique et plus précisément de la certification « AB » est que le cahier des charges recouvre un ensemble d’attributs variés (sans pesticide mais aussi sans OGM, avec des caractéristiques de bien-être animal, etc.) appréciés du consommateur. À l’heure de la prolifération des labels qui troublent le message, là on a quelque chose de cohérent et fiable. C’est un gros atout et il faut le défendre en particulier devant les offensives des lobbies pour faire un cahier des charges bio plus « light ». Alors qu’il est très difficile de faire des contrats environnementaux qui remplissent les objectifs atteints, encourager l’agriculture biologique est aussi très intéressant car c’est un engagement vérifiable et bien rôdé, alors que par exemple les Mesures Agri Environnementales conditionnées à des résultats (une bonne idée) rencontrent des problèmes pratiques de mise en œuvre.

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