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Frédéric DELATTRE

Frédéric Delattre - Paroles d'acteurs

 

Témoignage de Frédéric Delattre

Directeur du service agriculture, forêt et développement rural de la Communauté d’agglomération du Pays Voironnais

 


Pouvez-vous nous présenter le Pays Voironnais et notamment ses caractéristiques principales?

Le Pays Voironnais est une communauté d’agglomération de 34 communes composée d’un peu plus de 90 000 habitants et située aux portes de l’agglomération grenobloise. 60 % de sa surface est composée de terres agricoles et 30 % de forêts. C’est un territoire périurbain à forte pression foncière même si la consommation d’espace a fortement ralenti ces dernières années. Les productions agricoles sont très diversifiées en lien avec la géographie avec une altitude variant de moins de 200 m à près de 2 000 m. L’agriculture biologique occupe une surface de 600 ha environ soit 4 % de la surface agricole totale et est en constante progression. Neuf communes sont membres du Parc Naturel régional de Chartreuse.

Les eaux de surface sont composées pour l’essentiel du Lac de Paladru (quatrième lac en surface de France). L’Isère coule au sud du territoire avec de nombreux affluents de petite dimension qui parcourent le Pays Voironnais. La partie nord est concernée par le bassin versant du Guiers pour l’essentiel qui est un affluent du Rhône. Un contrat de rivière est en cours de diagnostic sur la partie sud du territoire, tandis que le bassin versant du Guiers fait l’objet d’un contrat de bassin en cours de réalisation.

Les actions autour de l’eau ne sont pas une entrée spécifique de la politique agricole du fait de problèmes de pollution, qui, s’ils existent, demeurent néanmoins peu importants. Certaines actions d’accompagnement technique et financier des agriculteurs vont cependant dans le sens du développement des pratiques agroécologiques, qui concourent in fine à des objectifs environnementaux et de protection de l’eau.

Comment l’action agricole du Pays Voironnais est-elle née ? Pouvez-vous résumer brièvement l’historique et les résultats des actions menées sur cette thématique ?

Le Pays Voironnais en tant que structure politique et administrative a été créé en 1974. Sa création visait à contrecarrer l’objectif inscrit dans le schéma directeur d’Aménagement et d’Urbanisme de 1973 de création d’une ville nouvelle de 100 000 habitants aux portes de Voiron. Il s’agissait alors de montrer que le Pays Voironnais pouvait avoir son propre mode de développement respectant son caractère vert et rural. En ce sens, une politique agricole a été mise en place dès 1976 dans l’objectif de dynamiser l’agriculture du Pays Voironnais. Cette politique a été menée sans discontinuer jusqu’à aujourd’hui, et durant la période de 1984 à 2011 à travers l’ADAYG (l’Association pour le Développement de l’Agriculture sur l’Y Grenoblois).

La politique menée a permis un développement des circuits courts : 30 % des agriculteurs pratiquent la vente à la ferme, le territoire est couvert par 4 magasins de producteurs et de nombreux marchés existent, notamment celui de Voiron. Complémentairement, un guide des produits locaux a été édité pour faire connaître les circuits courts et développer la consommation sur le territoire. Récemment en lien avec les autres collectivités (Métropole de Grenoble, conseil départemental de l’Isère), le Pays Voironnais a construit une légumerie (dont la gestion est confiée à la société Abepluche) en vue de fournir des légumes locaux bio et conventionnels prêts à l’emploi pour la restauration scolaire et a soutenu un plan de modernisation des abattoirs. S’appuyant sur ces outils, le Pays Voironnais accompagne les communes pour l’introduction des produits locaux en restauration collective. La plupart de ces actions ont reçu le soutien de la Région et de fonds européens via le programme Leader.

Sur le plan de l’aménagement, le travail a consisté à définir les limites à l’urbanisation à travers deux générations de SCOT (Schéma de cohérence territoriale) à l’échelle de la Région Urbaine Grenobloise et d’un schéma de secteur spécifique au Pays Voironnais. L’action foncière a également été importante avec l’acquisition de 17 ha puis 100 ha environ de terres agricoles en vue de permettre l’installation d’agriculteurs dont certains en agriculture biologique. Ces acquisitions ont été réalisées sur fonds propres suite à des préemptions exercées par la SAFER.

Un fonds d’intervention agricole et agroalimentaire (Groupement d’Intérêt Public) a été créé en 2013, associant le Pays Voironnais, une communauté de communes voisine et la Chambre d’Agriculture : il vise à compenser financièrement l’artificialisation des terres agricoles, en reversant à ce fonds, à chaque fois qu’une terre agricole est artificialisée dans un projet d’aménagement, un euro par mètre carré concerné, ce qui permet ensuite de financer des projets agricoles ou agroalimentaires collectifs. Ce fonds a soutenu la création d’un magasin de producteurs, la légumerie et les abattoirs.

Enfin, les actions d’accompagnement des agriculteurs se traduisent par des dispositifs d’aide à l’installation ou aux projets (aide à l’acquisition de matériel de désherbage mécanique par exemple), mais également l’organisation de formations ou d’échanges techniques sur les pratiques agricoles (notamment sur l’agroécologie, autour du désherbage mécanique, de l’agroforesterie, des semis directs sous couverts, etc) la valorisation des produits locaux bio et conventionnels ou l’organisation du travail (promotion et accompagnement des projets agricoles collectifs, notamment en ce qui concerne leur gouvernance).

Vous travaillez avec les professionnels agricoles dans une démarche de dialogue territorial engagée depuis plusieurs années : comment ces liens avec la profession ont-ils évolués dans le temps et par quel biais ? Que vous apportent-ils, et a contrario, quels sont les risques et les difficultés d’une telle démarche ?

Depuis la mise en place d’une politique agricole en 1976, le dialogue entre élus et profession agricole est constant et organisé autour de différents espaces de discussion. La commission agricole puis le groupe de pilotage chargé du suivi des actions sont mixtes avec la présence de représentants du monde agricole, d’associations et d’élus. Ce groupe se réunit environ 8 fois par an. Certaines aides apportées aux agriculteurs sont attribuées par un groupe de travail composé paritairement d’agriculteurs et d’élus du territoire.

Par ailleurs, les orientations politiques ont été formalisées à travers 3 chartes agricoles en 1994, en 2000, puis la dernière qui est finalisée et sera signée à l’automne 2015 par les partenaires de la profession agricole et les élus. La charte qui vient d’être élaborée s’articule autour de 4 défis :

  1. Assurer la pérennité des espaces et de l’économie agricole (notamment en accompagnant les agriculteurs dans leur métier et leurs pratiques),
  2. Favoriser une meilleure exploitation de la forêt,
  3. Valoriser l’agriculture et la forêt locales (auprès des habitants particulièrement),
  4. De structurer des filières territoriales rentables pour les producteurs et compatibles avec les moyens des consommateurs. Cette charte sert de cadre aux actions mises en œuvre par le Pays Voironnais et les partenaires agricoles.

Certaines actions mises en œuvre par les partenaires sont cofinancées par le Pays Voironnais, en fonction d’orientations qu’ils souhaitent privilégier ou de contraintes budgétaires qui nécessitent un certain ciblage des actions.

Ce dialogue avec la profession agricole est indispensable : pas de politique agricole sans agriculteurs !

Le Pays Voironnais aborde la thématique agricole avec notamment un angle de développement économique. Dans quelle mesure l’agriculture trouve-t-elle sa place dans cette thématique dont elle est souvent écartée ? Quel est selon-vous le rôle que les collectivités locales peuvent occuper dans le développement économique agricole ?

L’agriculture est une activité économique. Très concrètement, les actions souhaitées par les élus sont discutées au sein d’une commission regroupant l’ensemble des secteurs de l’économie (commerce, gestion des zones d’activités, tourisme, agriculture…). Ce choix est ancré dans la façon de travailler du Pays Voironnais et est confirmé à chaque élection. Cette entrée économique est cohérente avec la volonté de décloisonner les actions agricoles et d’introduire de la transversalité dans les actions menées, au sein de la collectivité et entre les partenaires, pour faire le lien par exemple avec le tourisme pour la promotion des produits locaux, ou la gestion des déchets.

Le rôle du Pays Voironnais, en tant que collectivité locale, est de plusieurs niveaux. Outre son rôle d’animateur du dialogue autour de l’agriculture sur le territoire, il est aussi un interlocuteur privilégié pour faire le lien entre le monde agricole et la Région, et pour travailler avec les territoires voisins sur des projets qui dépassent le cadre du Pays Voironnais (abattoirs, légumerie). Il peut aussi avoir un rôle de soutien financier à des initiatives agricoles individuelles ou collectives ou un rôle d’impulsion sur certains projets qui nécessitent un portage financier (exemple de la légumerie).

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